Qu’est ce qu’une spiritualité incarnée ?

La spiritualité est généralement reliée à l’esprit et aux aspects non-matériels de notre existence, ce qui est juste, bien sûr. Et quand nous parlons d’incarnation, il s’agit du passage sur cette terre, de la naissance à la mort. Il s’agit de notre condition humaine, physique, avec ces limitations spatio-temporelles. Alors comment conjuguer les deux, la spiritualité et l’incarnation ? N’est-ce pas une contradiction ?

La femme, avec ces capacités créatrices innées sait, par sa propre expérience, combien le sacré de la vie, de la Création, se forme dans la matière, dans la matrice, dans l’utérus. Et elle est instinctivement, intuitivement reliée à la terre, dans laquelle pousse les graines, dans laquelle une transformation cyclique de mort et de renaissance se déroule de saison en saison. Terre, eau, chaleur, air et lumière sont tous des éléments de croissance qui nous sont offerts. Par qui ?

Comment avons-nous oublié ? Comment en sommes-nous arrivés à piller la terre de ses ressources comme si nous en étions indépendants et souverains ? Quel est cet orgueil qui nous a amenés à la crise sanitaire, économique mais surtout écologique que nous vivons ?  Quelle est cette quête du plus, toujours plus ? Avoir plus qu’avant et plus que les autres. Comment pouvons-nous croire qu’il est possible d’être heureux au détriment de quelqu’un d’autre ?

La notion d’unité, si chère aux traditions spirituelles, et notamment au Soufisme, est une réponse. Si nous sommes un, nous sommes interdépendant, tel un corps. Un membre du corps ne peut pas fonctionner indépendamment des autres membres. La main a besoin des 5 doigts. Chaque doigt est différent et chaque doigt a sa fonction spécifique. Il en est ainsi avec l’ensemble du corps ; les membres qui permettent de se mouvoir, d’agir, de parler, d’entendre, de sentir, et les organes qui permettent de respirer, manger et digérer. Notre corps est une création magistrale qui ne peut fonctionner coupée d’un écosystème, en l’occurrence de la nature. L’unité est en tout et partout et nous l’expérimentons quotidiennement.

Une spiritualité incarnée reviendrait donc à se rappeler que nous sommes un, que nous avons besoin des autres et que notre bonheur dépend du bonheur de tous. Concrètement, nous sommes face à des défis d’eau et d’alimentation. Le Coronavirus nous a pris par surprise mais nous ne pouvons pas fermer nos yeux face aux pronostics alarmants qui présagent d’un futur très incertain pour nos enfants. A moins qu’on  ne change radicalement de direction.

Les décisions que nous prenons pour prendre soin et sauver ce qui reste du vivant viennent d’un endroit en nous qu’on peut qualifier de hautement spirituel. Cet endroit s’appelle le cœur ; le cœur qui est capable d’aimer sans condition et de pardonner les pires injustices. La femme connaît ces injustices. Elle les a subies comme la terre, depuis des siècles. Et elle est prête à pardonner, à recommencer, à reconstruire, mais pas comme avant !

Retourner à la terre, cultiver son potager, planter des arbres, construire des systèmes de récupération d’eau de pluie et repenser l’éducation des enfants sont aujourd’hui des actes spirituels de grande nécessité. Le terme spirituel prend donc une nouvelle forme, une nouvelle saveur, et il est intrinsèquement lié à notre incarnation.

La majorité de l’humanité a évolué du matriarcat vers le patriarcat et le temps est venu de relier les deux. Dans le matriarcat, la nouvelle génération suivait aveuglement celle d’avant en poursuivant, sans questionner, les traditions. Dans une telle société tribale, l’individu n’existe pas. Par le patriarcat, est née l’individualisme et l’égocentrisme ; le Je, le Moi. Nous avons appris à réfléchir par nous-mêmes, jusqu’à ce que le mental soit devenu notre maitre.

Sommes-nous prêts à mette nos qualités de réflexion et notre technologie au service de la communauté humaine ? Que sommes-nous prêts à lâcher pour la survie de tous ; humains, animaux, plantes et minéraux ? Quelle serait la signification aujourd’hui du rôle de Khalifa (lieutenant sur terre), donné à l’être humain ? Ne sommes-nous pas à l’heure du repentir ?

L’humilité serait un bon guide par ces temps et quel meilleur exemple que la terre, la plus humble de tous. De nouveaux métiers s’inventent et les métiers les plus humbles sont valorisés. Le corps médical reçoit enfin l’estime méritée. Les aides-ménagers, les éboueurs et les livreurs également.  Et on revient aux métiers de maraîcher, d’agriculteur, d’apiculteur et de berger. L’éducation de nos enfants doit changer pour s’adapter au nouveau monde et l’enseignement prend un tout autre sens quand on réalise que nous, adultes, sommes les créateurs de ce nouveau monde.

Pour finir, je dois dire que je suis optimiste et pleine d’espoir, car je vois autour de moi des jeunes qui sont connectés au divin d’une manière naturelle et spontané et qui sont prêts au changement, car pour eux, le monde ancien n’a jamais été vraiment envisageable. Suivons- les, soutenons-les, allons dans leur sens avec le meilleur de ce que nous avons à donner ; notre amour.

De tout cœur,

Aya Annika Skattum

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